La Rulles, c’est Grégory Verhelst. Il incarne sa bière, son produit. Et cela dure depuis un quart de siècle… quand le jeune ingénieur brasseur qu’il était encore en 2000 s’est lancé dans une production de bière artisanale dans un petit village gaumais.
Dans les faits, on se rappellera que l’installation à Rulles tient bel et bien du hasard. Il y avait là un bâtiment disponible qui se prêtait bien au projet et l’eau de distribution du village était de bonne qualité. Mais Grégory, s’il s’est admirablement moulé dans son environnement, n’est pas du tout rullois ! « Cela étant, et avec le recul, je pense que Rulles était un bon choix, confirme-t-il en souriant. Rulles, c’est un mot court… qui sonne bien pour une bière. Même si c’est moins évident pour les rimes ! Plus sérieusement, en 2025,
l’eau – qui reste l’ingrédient de base d’une bonne bière – est ici toujours en gestion communale. Nous bénéficions d’un captage qui provient de la forêt de Rulles toute proche. Notre eau n’a pas besoin d’être traitée ou modifiée, comme d’autres brasseurs doivent le faire. C’est à mes yeux un véritable élément positif ! »
Le temps des toutes petites brasseries
Ses débuts ? « J’ai commencé par la Rulles blonde… puis j’ai évolué, piano. J’avais 25 ans à l’époque. Et ce n’était pas le renouveau des brasseries que nous avons connu par la suite. À côté de deux « locomotives », qu’étaient alors déjà Chouffe et Orval, il n’y avait que quelques toutes petites brasseries : Gigi, à Gérouville, Saint-Monon, Bouillon, la brasserie Fantôme… Il n’y avait pas d’IPA, ni de magasins spécialisés dans les bières ! Le contexte était bien différent de celui des années 2010. Avant le Covid, nous avons atteint un maximum de 3.500 hectolitres par an. L’an dernier, par contre, nous n’en avons plus produit que 2.400 ! »
Une période de vaches maigres
« Il ne faut pas se voiler la face, ou faire l’autruche, la situation est difficile dans le secteur des petites brasseries. Plusieurs paramètres renforcent cette crise : le ‘bashing’ sur la consommation d’alcool, le fait que les jeunes boivent de moins en moins, la situation économique générale, l’engouement pour les bières spéciales en baisse… Le nombre de brasseries a longtemps augmenté, ce n’est plus le cas. Nous avons connu dix années fastes mais, là, nous sommes partis pour une longue période de vaches maigres. Ce n’est pas propre à notre région, les dépenses de bières chutent dans toute l’Europe. Nous avons d’ailleurs perdu pas mal de nos exportations… »
Garder le cap
Si la Brasserie fête son 25e anniversaire cette année, son créateur et gérant est bien conscient qu’il va devoir adapter sa stratégie pour maintenir le cap. Mais Grégory n’a pas l’air effrayé : « J’ai commencé dans une période pas facile. Puis, nous avons connu une belle époque. Et, là, j’ai un peu le sentiment que nous sommes repartis pour des années plus compliquées. Mais nous sommes résistants ! Nous avons une base saine et nous ne sommes pas du tout en difficulté. J’ajoute que mon fils va me rejoindre dans l’aventure, à partir de septembre. Ce sera un beau défi pour lui. Son enjeu sera de redévelopper l’entreprise, voire de stabiliser l’existant. Il va devoir explorer d’autres voies… pour refaire du volume. Il est jeune. C’est un beau défi pour lui ! »
L’expérience humaine
Quid du bilan de ces 25 années d’aventure brassicole ? « C’est avant tout l’expérience humaine qui m’a plu. Le fait de créer mon entreprise et une entité qui n’aurait pas existé sans moi. J’ai aussi pu donner du travail à des gens de la région. Plein de personnes sont
passées dans la brasserie, dont pas mal de stagiaires. Il y a aussi l’aspect transmission de savoir qui s’est étalée sur ces 25 ans. Pour moi, ça a été un gros booster. Et puis, nous avons réussi à obtenir une certaine notoriété et de la visibilité. Et cela, c’est un peu grisant,
je le reconnais volontiers. »
Une ligne de conduite claire
Grégory se dit aussi fier d’avoir, depuis ses débuts, conservé une ligne de conduite claire par rapport à la qualité et à ses procédés de fabrication, avec des bières refermentées en bouteilles : « Je n’ai jamais non plus voulu produire de la bière pour de tierces personnes.
J’ai toujours estimé que c’est un métier à part. Après 25 ans, force est de constater que j’ai maintenu le cap par rapport à mes engagements. Tout cela compte beaucoup pour moi. »
Plus d'infos
Brasserie artisanale de Rulles SRL
Rue Maurice Grévisse, 36 à Rulles (Habay)
Tél. : 063 41 18 38
www.larulles.be


